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 Sueurs froides.

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Kriss




MessageSujet: Sueurs froides.   27.08.12 16:57

Il y plus d'un siècle, dans les contrées magiques de Quel'thalas.

C'était une tiède soirée comme bien souvent sous la canopée élégante des arbres. La demi-lune filtrait à travers les feuillages d'or, alors qu'une silhouette filait à vive allure entre les troncs. L'humus étouffait les bruits sourds des bottes de cuir d'une elfe qui courait à en perdre l'haleine, droit vers le sud, sautant par dessus les racines et esquivant les branches sur son passage.
Une longue natte blonde filait dans son passage, attrapant parfois une feuille ou une brindille au passage. Une robe noire courte déjà déchirée s'empêtrait aussi dans la végétation.

"REVIENS ICI, TRAINÉE!!"

C'était une voix mâle et grave qui résonna dans la vallée silencieuse. Peu après le passage de l'elfe, une silhouette plus massive avançait rapidement, avec cependant moins d'aise que la précédente. Le fil affûté d'un couteau luisait à la lueur de l'astre nocturne. L'homme, massif, arrachait quand à lui les branches, sans aucune discrétion, en poursuivant la pauvre jeune femme.
Un troisième homme, arc à la main, talonnait le deuxième de près, criant lui aussi.

Avec sa courte avance, l'elfe gémissait, pleurant presque, en détalant. Une moitié de son vêtement était déchiré, ce qui permettait aux ronces d'entailler cuisse et mollet de l'infortunée lors de sa course. De fins filets de sang perlaient déjà le long de la jambe fine et pâle.

Ses poursuivants gagnaient du terrain.

A bout de souffle, elle s'extirpa de la forêt en arrivant à la lisière d'une clairière. Au milieu trônait un lac dont la surface, aussi lisse qu'une glace, renvoyait un parfait reflet de la voûte céleste. Quelques oiseaux endormis s'envolèrent dans l'agitation, alors que la jeune Dælena tomba à genoux au bord de l'eau claire.

Éreintée, esquintée, essoufflée, épuisée, elle plia, enfonçant ses doigts délicats mais déjà abîmés dans le sable fin. Des larmes aussi pures que l'eau du lac apparurent au coin de ses yeux, d'un azur valant tous les cieux de Nagrand, puis elles filèrent le long de ses joues rougies par l'effort.

Les deux rustres poursuivants ne se firent pas attendre. L'un, ressemblait de loin à un forestier, avec en plus une dégaine de baroudeur, avec un long manteau de cuir, un pantalon de toile noire large et des mitaines de laine trouées. Le deuxième avait une allure de boucher, plutôt épais, couteau en main et soufflant comme un bœuf.

Le premier ouvrit la bouche, avec une voix rocailleuse, croulante...


"Je te préviens, chienne, recommence encore une fois, et nous te passeront par le fer. Ais-je été clair ?!"

Tournée dos aux deux hommes, la concernée acquiesça en réprimant ses sanglots. Le deuxième homme s'était approché, et la saisit brutalement par la base de sa natte.



Il y eu un instant de silence pendant lequel la brute la traîna ainsi sous couvert des arbres, son compère le suivant en surveillant les abords du paisible lac.



Le silence fût ensuite déchiré par des cris de femme, et des bruits sourds de coups, qui durèrent cinq bonnes minutes. Des appels au secours, vite étouffés, des larmes, des cris de rage masculins...
La forêt retrouva son calme peu après, comme si tout ne c'était rien passé, neutre témoin des folies des elfes qu'on ne fréquente pas, qui restent dans l'ombre.
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Kriss




MessageSujet: Re: Sueurs froides.   03.09.12 11:48

Quelques semaines plus tard, nous retrouvons notre protagoniste. La nuit tombe déjà sur Lune d'argent, et les honnêtes citoyens rentrent chez eux.
Dans les bas quartiers de la ville, ceux qu'on ne fréquentent pas, qui restent dans l'ombre, l'agitation nocturne commence.

Dælena est là, dans sa robe noire bon marché et maintes fois reprisées, un plateau de mauvais alcool à la main, dans une taverne miteuse. Dans la salle, forestiers au teint gris et à la peau mal rasée, marchands aux produits douteux, quelques hommes encapuchonnés, venant sûrement de l'académie des voleurs non loin de là...
Au comptoir, deux elfes discutent. Le premier, derrière le comptoir, est épais. Une vulgaire queue de cheval noire tombe sur son épaule gauche. Son teint cireux et son visage émacié s'accorde avec sa tenue en cuir mat et son tablier crasseux.
Le deuxième porte un long manteau de cuir, un pantalon large et des mitaines trouées. Les deux compères discutent ainsi, à la lueur des lanternes enchantées bon marché, en jetant régulièrement un regard à la seule elfe de la taverne, celle à la robe noire et à l'allure soumise.

Un reste de coquard lui décore encore le dessous de l’œil. Elle est maigre et paraît fatiguée, mais elle fait le service sans broncher.
La fameuse robe est presque transparente, et le décolleté n'est pas plus rempli qu'un autre, mais exagérément mis en valeur.

Les clients mâles de la taverne lui adressent des sourires salaces à chaque fois qu'elle passe, quand ce n'est pas un geste déplacé. Elle est paraît si jeune, et pourtant déjà elle travaille d'arrache-pied pour survivre ainsi.


Ce qui ce dissimule derrière cette vie précaire et malheureuse, nous le verrons plus tard.


Revenons-en à cette taverne. Il reste un pichet d'hydromel sur le plateau de Dælena. C'est naturellement qu'elle vient servir son dernier client, au fond de la salle sombre. L'elfe est face au mur. On voit une chevelure blonde désordonnée tomber sur de larges épaules recouvertes d'une cape trouée. Il pianote sur la table, des mitaines en cuir renforcées lui couvrent les mains. La cape cache les bras jusqu'au coude, et seule une paire de bottes au boucles d'acier est visible, sous la chaise.


"Voilà votre quart d'hydromel" dit la jeune femme, sur un ton monocorde, en plaçant le pichet et le verre sur la table. L'homme tourna légèrement le visage en attrapant le poignet de la serveuse.

"Qu'est-ce que... !"

Elle écarquilla les yeux. Son interlocuteur étira ses lèvres en sourire sur ses joues couvertes d'une barbe de trois jours.
Un bref coup d’œil à ses "employeurs" pu lui assurer qu'ils étaient bien en pleine conversation. Elle s'assied aussitôt à côté de l'homme.


"Ælendil... où tu étais passé par le puits ?!"

Elle leva la voix mais rabaissa d'un ton aussitôt, prudente
.

"-Tu t'absentes des mois pour revenir comme ça ?!

-Du calme, sœurette... j'ai de bonnes nouvelles."
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Kriss




MessageSujet: Re: Sueurs froides.   13.08.14 23:11

L'année est floue... nimbée d'un brouillard métaphorique.

Non, le brouillard est réel, et il nimbe la vallée. Laquelle ? Elle ne sait plus.

La fumée noire se mêle au brouillard. Des étoiles filantes éclairent de leur passage l'épais manteau qui recouvre le champ de bataille.

Des étoiles filantes ? Allons...

Les boulets enflammés traversent le ciel, s'écrasant au sol, criblant l'infanterie d'éclats meurtriers.

L'explosion est proche cette fois. Les balles et les flèches sifflent. L'elfe rabat ses oreilles, de peur. Elle frissonne. Son corps est bouillant à cause de l'effort, mais l'acier froid de son fusil contre sa joue la fait frisonner.

Les sifflements deviennent des craquements. Cette fois, les tirs se rapprochent.

Elle est contente de son fusil. Elle l'a fabriqué elle-même, un beau fusil à culasse, avec ce nouveau type de munition, qui contient la poudre et la balle.

Une autre explosion.
Les cris sont omniprésents, horribles, mais ils semblent si loin.

Son fin doigt, ganté de noir, est sur la queue de la détente. Lentement, la pression sur la détente augmente dans un petit grincement mécanique, ainsi que la résistance de cette dernière. En une seconde, le point de non-retour est atteint, le ressort du marteau est tendu à son maximum, prêt à frapper le percuteur.
La pression se fait un peu plus forte... le mécanisme se relâche, le marteau fuse et plaque le percuteur, qui vient enfoncer le cul de la cartouche.

Vient ce moment magique où tout se met en branle.

Le recul envoie une secousse dans tout le corps tendu de Dælena, alors que la pression du gaz créé par l'ignition de la poudre fait détaler la balle le long du fût. Majestueuse, tournoyante, menaçante, elle jaillit du canon dans une gerbe de flammes, éclairant l'expression de haine sur le visage encore jeune de la future rôdeuse.

Elle empoigne la culasse, la fait pivoter vers le haut, et tire en arrière d'un coup sec. Le mécanisme bien huilé, quoi qu'encrassé de poudre à présent, fait son office avec une précision formidable, et un cliquetis caractéristique, qui rend l'elfe euphorique.
L'étui fumant de la cartouche saute de la chambre, éjecté par le mécanisme. Il fume encore, et sa course tourbillonnante créé dans son sillage une petite brume blanche tortueuse, qui se dissipe bien vite.
Il fonce vers le sol de pierre, et le percute une fois, rebondit, retombe, et roule plus loin.

Une autre explosion.

En face, la cible semble traversée d'un trait invisible. L'ogive affûtée la perfore de part en part.
On ne voit rien, juste la cible qui tombe. Pas de nuage de sang, rien.
Une fois au sol, en revanche, le bain commence à couler.

Le bain de sang.

Son cœur est perforé, mordu et vaincu par l'acier chaud de la balle. Il bat et se bat pour vivre, mais chaque vaine pulsation rapproche le pauvre soldat de son destin funeste.
Chaque battement envoie un peu plus de sang au sol, et la mare ammaranth s'écoule avec la vie du jeune homme tombé.

Trente mètre plus loin l'elfe se tient toujours là, courbée en avant, main sur la culasse, alors que le fût fume toujours, braqué droit sur l'endroit où se trouvait le palpitant du mourant, alors qu'il était encore debout.

Sa respiration, restée si calme pendant le tir, est maintenant saccadée.

D'autres explosions.

Il faut continuer le combat, car l'ennemi n'est pas défait. Tant qu'il y a des munitions, il y a de l'espoir.


Et l'espoir lui a trop souvent fait défaut.




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