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 Soutien.

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Alayde




MessageSujet: Soutien.   03.01.13 17:38

Stormwind, quartier des mages, automne de l’an 30.

La porte s’ouvrit lentement, soutenue par un geste désinvolte. Aussitôt, une voix résonna dans la pièce. Une voix si chaleureuse et amicale qu’on la devinait forcée et véritablement dénuée de sentiments.
- Entrez ! Entrez mademoiselle ! Je vous en prie, prenez place.
Alors la femme fit un pas et referma d’un revers habile. Vêtue de son armure dont il manquait les épaulières, les gantelets et les brassards, elle salua militairement. Le geste fut sec, néanmoins gracieux ; en d’autres termes, imperfectible.
- Pas de ça chez nous, voyons ! Nous sommes entre amis. Nous sommes amis, n’est-ce pas ? La femme ne réagit pas, fixant l’individu d’un regard neutre. L’homme cligna des yeux, ajustant du majeur sa paire de binocles, pour ensuite se pencher en avant, récupérant un dossier.
- Asseyez-vous. Elle s’exécuta, s’asseyant avec droiture sur la chaise qui lui était proposée. À présent face au bigleux, séparée de lui par un imposant bureau de bois façonné et verni, elle posa simplement ses mains jointes sur ses cuisses.
- Alayde Teledan... dite la Courroucée. Orpheline à cinq ans, recueillie par la nation lors de l’exode en Lordaeron... Hm, hmmm hmmm. Il détacha son regard de la paperasse et l’observa, la jaugeant. Elle était alors occupée à fixer le vague, yeux approximativement baissés vers quelques papiers traînant sur le support.
- Parlez-moi de la Troisième. Un silence se fit, l’homme tendant légèrement sa main vers elle pour l’inciter à parler. Elle n’y répondit aucune expression ni geste, toujours impassible.
- Non. Dit-elle tout en levant les yeux, le fixant.
- Comment ça, non ? Rétorqua-t-il, sourcils froncés.
- Je n’ai pas envie d’en parler.
- Pourquoi ?
- ...
- ...
- Passons. Nous y reviendrons une prochaine fois.
- Il n’y aura pas de prochaine fois. L’homme, un tantinet choqué, ajusta ses lunettes une fois encore, d’un geste bien plus vif qu’auparavant.
- Pardon ?
- Je suis prête à repartir. Signez ce fichu papier et passons tous deux à autre chose.
- Ce n’est pas à vous d’en décider, mademoiselle ! C’est à moi de confirmer ou non votre aptitude à retrouver le champ de bataille ! Disait-il, agrémentant ses paroles de gestes amples et pompeux, de sorte à se donner de l’importance.
- Je suis en bonne santé, je suis toujours capable de tenir mon arme et la Lumière m’accorde toujours sa bénédiction. Je suis prête. L’homme s’enfonça dans son épais fauteuil en cuir, dépité.
- Et là-dedans. Tout va bien, là-haut ? Ce que vous avez vécu en déroute plus d’un. Il tapota sa propre tempe de son index.
- Tout va bien. Je vais bien. Le Royaume requiert mon aide. Signez cette maudite paperasse.
- Non ! Non ! Vous n’y êtes pas, bon sang ! Il envoya valser le dossier qu’il tenait entre ses mains, déçu et colérique. Il se releva pour se pencher vers elle, paumes posées contre le rebord du bureau. Il portait une somptueuse tenue bien qu’un peu désuète. Le parfait accoutrement de l’intellectuel bureaucrate cloîtré dans ses quartiers tout le long de sa vie. Il soupira, puis reprit d’un ton sec.
- Le Royaume n’a pas besoin de fous dans ses armées ! Qui me dit que vous ne l’êtes pas ?
- Je vous le dis.
- Rah. Cessez de vous jouer de moi !
- Je vous sens tendu, docteur.
- Silence ! Silence ! Fit-il, excédé, frappant du poing sur le bureau.
- ...
- Parlez-moi de votre expédition en Northrend, alors.
- Que voulez-vous savoir ?
- Ce que vous y avez vu.
- Une région verdoyante, des bâtiments à l’architecture atypique, des loups, des... Le binoclard ôta ses lunettes, se penchant davantage pour la fixer yeux dans les yeux, le regard mauvais.
- Ne. vous. moquez. pas. de moi. Continuez ainsi et je vous fais enfermer pour aliénation. Je ne le répèterai pas, dites-moi ce que vous y avez vu. Postillonnant à son visage, la demoiselle se passa délicatement la main dessus, affichant toujours cet air impassible.
- J’y ai vu l’horreur. L’homme sourit un instant, se laissant retomber dans son fauteuil en tenant ses lunettes dans ses mains, les manipulant comme un passe-nerfs. Il prit une voix douce, presque sucrée, sur le ton de la confidence.
- Et bien, allez-y. Continuez. Je ne suis pas votre ennemi. La femme soupira, première expression jusqu’à lors manifestée de sa personne.
- Nous étions en route pour rejoindre les Grizzly Hills. Le régiment progressait et le Lieutenant supervisait la marche en faisant d’incessants aller-retours parmi les deux colonnes.
- Combien étiez-vous ?
- Une trentaine. Nous étions la première unité à partir.
- Je vois. Comment étaient vos relations avec le reste des soldats ?
- Correct. Nous nous entendions bien, cela ne faisait cependant que quelques mois que je les connaissais. J’étais arrivée à Westfall quelques mois avant l’expédition, seulement.
- Poursuivez.
- Nous avancions donc depuis quelques heures maintenant. Nous avions peur de tomber sur des réprouvés, des vrykuls, ou même des sbires du Fléau.
- Et vous, aviez-vous peur ?
- Un peu. Je me concentrais sur la Très Sainte, cela me rassurait. Mais j’étais surtout préoccupée par la sécurité de mes frères d’arme.
- Compréhensible. Et ensuite ? Elle se renfrogna quelque peu, fronçant les sourcils.
- Des hurlements.
- Des hurlements ?
- Oui. Un soldat, puis deux, puis cinq. J’étais vers la tête du groupe, donc je me suis retournée. Ils pointaient... l’Est. Ils étaient affolés, hystériques.
- Mais encore.
- Je n’ai pas eu le temps de tourner la tête pour observer ce qu’ils pointaient. Je... Il y eut du feu. Beaucoup de feu. Puis des hurlements, encore. Plus atroces cette fois-ci.
- Expliquez. Je n’y étais pas.
- C’était un proto-drake chevauché par un vrykul. Il a survolé perpendiculairement l’unité pour qu’on ne le voit pas arriver et a craché ses flammes. Cela a séparé le groupe en deux.
- Qu’avez-vous fait, après cela.
- J’ai dégainé et je l’ai suivi du regard. Il a fait demi-tour et s’est dirigé vers Utgarde. Puis nous avons vu six, peut-être sept silhouettes.
- Les vrykuls ?
- Oui. Ils étaient... gigantesques.
- Et vous n’avez pas essayé de sauver vos blessés ?
- Ils n’étaient plus que cendre.
- Hm. Il croisa les mains, posées sur le bureau.
- Nous nous sommes regroupés du mieux que nous pouvions, et nous avons chargé lorsqu’ils n’étaient plus qu’à une dizaine de mètres de nous.
- Comment cela s’est-il soldé ?
- Pour ma part, je me suis initiée en seconde ligne. J’ai vu le soldat face à moi se faire soulever du sol puis se faire arracher la tête d’un geste sec et aisé. Le monstre a répandu son sang sur son visage puis m’a regardé.
- Qu’avez-vous fait ?
- J’ai levé mon arme puis j’ai chargé. Et lorsque le vrykul a dressé sa hache dans le ciel, j’ai dressé mon pavois.
- Et alors ?
- Et alors j’ai encaissé le choc. Mais cela m’a déboîté l’épaule. Ils étaient bien plus forts que nous. Trop forts. Elle expira tous ses poumons dans un interminable soupir.
- Il s’apprêtait à recommencer, mais je l’ai pris de vitesse pour lui transpercer le cœur.
- Il vous a sous-estimé.
- Peut-être. Je ne sais pas. Toujours est-il que son voisin qui venait de mater deux des nôtres s’est tourné d’un geste éclair vers moi, et a initié la pointe de sa hallebarde dans mon estomac. Elle pointa le lieu de l’impact de son index. Après tout, cet homme ne devait sûrement jamais avoir connu la fureur du champ de bataille. Il se contenta d’ailleurs d’acquiescer poliment.
- Et ?
- Et je suis tombée au sol, il m’a éjecté comme un vulgaire rampant.
- C’est tout ?
- Oui.
- ...
- ...
- Continuez.
- Je pissais le sang, et ma vue se faisait trouble. Puis je suis parvenue à psalmodier quelques paroles et à poser ma main sur mon ventre. La Lumière a cicatrisé la plaie. Elle esquissa un sourire, ce dernier s’effaçant aussitôt.
- Alors je me suis relevée. Mon bras me faisait toujours mal. Il pendait à mon épaule comme une vulgaire chaussette. J’ai empoigné mon épée.
- Et le vrykul vous a laissé faire ?
- Il n’était plus là. Ses amis non plus. Ils se noyaient dans leur propre sang, mes frères étant parvenus à les neutraliser. L’homme sourit brièvement, opinant.
- Cela s’est donc relativement « bien fini » non ?
- Non. Ce n’était que le début. Nous n’étions plus qu’une petite vingtaine, et se profilait au loin des fléautiques. Dirigés par un Chevalier de la Mort.
- À quoi avez-vous pensé, à ce moment précis ?
- À mon Royaume. À la Lumière. Aux hommes qui se battaient avec moi. L’adrénaline est montée, et j’ai chargé avec les autres. Les goules se sont mis elles aussi à foncer.
- Je vois. L’homme observait toujours ce bout de femme, qui demeurait impassible au possible. Mais là, elle leva à nouveau le regard vers lui. Au fond de ses pupilles se distinguait une rancœur profonde.
- Non, vous ne voyez pas. Vous n’y étiez pas. Vous ne savez rien.
- ...
- Les goules nous sautèrent dessus comme des hyènes assailliraient des gazelles. Une fois accrochées aux soldats, elles mordaient et griffaient la chair comme de la vulgaire pâte à modeler. Je suis parvenue à dégager la mienne d’un coup de bouclier et j’ai mis fin à sa démence d’un exorcisme.
- Les pertes furent nombreuses ?
- Nous n’étions plus que dix. Dix face au Chevalier Impie.
- Et qu’a-t-il fait ?
- Il a relevé des nôtres. Ceux avec qui je me combattais se retrouvaient être des adversaires décharnés. Elle ferma les yeux dans un soupir.
- Ça n’a pas du être facile.
- Non, ça ne l’était pas. Je me suis premièrement contentée d’esquiver les assauts de l’un d’eux pour réaliser que toute l’humanité qui l’animait s’était envolée. Donc je l’ai purifié.
- Par la Lumière.
- Par la Lumière.
- Et ce Chevalier de la Mort, alors ?
- Il s’est tourné vers moi. L’homme parvint à distinguer au fond du regard de la demoiselle un certain effroi.
- Il a levé sa main et m’a agrippé. J’ai senti une main gelée et vicieuse entourer mon cou, puis elle m’a soulevé au-dessus du sol pour m’attirer jusqu’à lui.
- Vous n’avez rien fait ?
- Je ne pouvais rien faire. Rétorqua-t-elle, sourcils froncés.
- Je me suis retrouvée face à lui, impuissante. Sa main droite s’est manifestée et a dévoilé sa lame runique. Il l’a... animée de sa magie. Les runes présentes se sont mis à scintiller.
- Et puis ? Continuez, continuez. Dit-il, d’amples gestes des mains venant appuyer ses propos.
- Il a frappé d’estoc avec. Dans mon buste. Je... c’était atroce. Je sentais mon sang bouillonner tandis que mes pires cauchemars venaient m’assaillir.
- Quels sont-ils ?
- Même dans vos rêves les plus fous, je ne vous les conterai pas. Annonça-t-elle d’un ton sec, incisif.
- ... Soit. Poursuivez.
- Que voulez-vous que je vous dise. J’étais aveuglée. J’ai senti une vague secousse et j’ai du tomber au sol. Peut-être qu’une personne était intervenue pour me secourir. Je l’ignore.Elle haussa vaguement une épaule.
- Mais vous êtes en vie, aujourd’hui. Alors ?
- Je me suis réveillée, allongée au sol. Le lieutenant était penché sur moi. Je sentais une douce chaleur parcourir mon corps. Les cauchemars n’étaient plus.
- La Lumière ?
- Oui.
- Et le Chevalier Impie ?
- Il n’était plus.
- Tout cela ne fut donc pas si désastreux.
- Je ne vous ai conté que le début.
- Certes. Et bien poursuivez, alors.
- Non.
- ...
- ...
- Soit. Revenez me voir demain. Rétorqua-t-il, insatisfait. La femme ne se fit pas prier et se releva avec justesse, saluant tout aussi militairement que la première fois, toujours aussi inexpressive.
- Qu’Elle vous garde.
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