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 Petit aigle deviendra grand

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Sernò Gulivann




MessageSujet: Petit aigle deviendra grand   11.07.14 17:51

Une fraîche fin de soirée de Printemps de l’An 13, deux jeunes garçons s’affrontent. Épées de bois en main, ils frappent d’une violence inoffensive, entrechoquant les deux imitations de lame faites de pin dans un ridicule claquement étouffé par la légèreté de leur piètre arme. Malgré tout, l’essentiel est assuré, deux énormes sourires couvrent les visages innocents de ces rêveurs qui s’autorisent un instant d’être des héros.

Et déjà, de leur petite bouche, s’échappent les premières preuves de leur future allégeance à ce lion doré.

Alors que le duel fait rage, dans la sueur et les rires, le village s’anime d’un élan coutumier. Des habitudes parfaitement rodées à Austrivage ; les miliciens s’arment, les marchands plient boutique, les fermiers rentrent le bétail et les mères trainent leurs enfants qui jouent dehors jusqu’à leur habitat avant de claquer leur porte sèchement.

Or, la Horde est calme depuis des semaines, les Réprouvés travaillent reclus dans leur cité en ruines et aucun ogre des montagnes ne pointent à l’horizon.

Les deux enfants bien là, baissent leur garde, l’atmosphère régnante ayant décidé pour eux d’un cessez-le-feu. Le plus petite s’approche de son frère, se délestant de son glaive qui chute au sol dans l’indifférence la plus totale. Il lui attrape la main tandis que ses yeux humides et brillants observent sur le chemin qui mène au village, au loin, ce cheval de trait imperturbable qui continue sa route, trainant une charrette dépourvue de conducteur et bien vide de matériel dans une cadence monotone.

Deux énormes mains musclées viennent soudainement se poser sur les épaules des jeunes enfants qui observent la charrette s’approcher de leurs airs naïfs et bien bêtes. Les fortes poignes de ses doigts démesurés suffisent à détourner ces deux petits corps juvéniles et à les entrainer en direction de l’hôtel de ville.

Des larmes de peur glissent le long des joues du plus petit qui s’efforcent de rester silencieux, tandis que le plus grand serre au plus fort le manche de son épée qu’il garde vaillamment en main. Se soumettant tous deux à ce géant plein d’autorité et le suivant sans broncher, bien que peu rassuré.
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Sernò Gulivann




MessageSujet: Re: Petit aigle deviendra grand   15.07.14 16:42

Citation :
Hänsfelt Frantz, soldat de la XIIIème Brigade des Carmines et frère d'armes de Sernò raconte le Guet de l'Estran :



La chaleur est étouffante. Je sens la sueur sur ma peau, l'humidité qui charge l'air et le vrombissement des moustiques à mes oreilles. Je marche derrière un camarade, devant un autre. Notre colonne progresse lentement dans le marais. Personne ne parle. Le bruit des bottes s'enfonçant dans la vase donne le rythme pendant que je scrute la lisière des fourrés qui nous entourent. L'air est vicié et lourd, la végétation dense. Les arbres pourris sont recouverts de mousse brune et de sinistres lianes touffues tombent des frondaisons basses des arbres qui masquent les derniers rayons de soleil avant que la nuit mortelle ne tombe sur le marécage. "Une simple patrouille", avait dit le lieutenant. Et voilà trois jours qu'on pataugeait dans la boue, au milieu des crocilisques rôdeurs, des araignées venimeuses et des essaims de moucherons voraces. Nous avions été prit en chasse à quelques lieux à peine du Guet de l'Estran. Leurs flèches nous ont cueillit comme des fleurs et ils nous sont tombé dessus d'un coup. Trop forts, trop nombreux. Un caporal a sonné la retraite avant de se faire transpercer par une lance, et on a couru, comme jamais on a vu des humains courir. On s'est pas arrêté pendant plusieurs heures, galopant à travers les marais, sautant les ruisseaux et les mares fétides, tombant dans les buissons épineux avant de se relever et de se remettre à courir. Et voilà trois  jours qu'on avançait dans les joncs, s'enfonçant toujours plus profondément dans la lumière verte de cet enfer chaud et humide. On traîne les blessés, les fuyards qu'on a récupéré ça et là. La moitié manquent à l'appel : retrouvés par ceux qui nous traquent, dévorés par une panthère ou une araignée géante, perdus dans le marais ? La Lumière me pardonne, mais ça m'est égal. J'ai reçu une flèche dans la cuisse pendant l'escarmouche et je boîte comme un souffreteux. Je fais ce que je peux pour suivre la cadence silencieuse et mon seul souhait est de rentrer au Guet de l'Estran, de rendre mon tabard au Lion et de retourner à mes chevaux et à mes oliviers dans les coteaux des Carmines, bon sang !

Le lieutenant, quelques mètres en avant de la colonne, lève la main sans un mot. Il a un bandage souillé autour de la tête, il est mal rasé et a l'air loqueteux. On est pas mieux, cela dit. On brise la formation et on se met en cercle, autour de lui. Je regarde les autres, un par un. Misérables : l'air hagard, la bouche sèche, les cheveux collés au front par la sueur et l'humidité, les tabards déchirés et sales, les armures abîmées et griffées, pleines de boue, les blessures et les tâches de sang séché ... on a l'air misérable. Ha ! Elle est fière la XIIIème brigade, perdue dans les marécages sans vivres ni eau potable, chassée comme du gibier. Le lieutenant nous regarde aussi un à un, il ferme le seul oeil qui lui reste, puis se tourne vers Robert, un petit blond de la Marche qui a la lèvre fendue et le nez cassé, du sang séché plein le menton.

- "Caporal Danter, réunissez ce qu'il reste de ration et d'eau et répartissez le entre les hommes. On s'arrête ici pour la nuit."

Sans un mot, le regard perdu, comme des morts-vivants, on s'active. Les blessés se posent contre la souche pourrie d'un vieil arbre, les autres retirent leurs épaulières lentement s'ils en ont encore et vérifient rapidement l'état de leur équipement, sans vie, comme des automates. Le caporal passe de soldat à soldat comme une âme en peine, récoltant quelques morceaux de viande séchée par là, un fond d'outre d'eau croupie par ci. On s'assoit sans un mot, on mâche rapidement les quelques rations qu'il reste pendant que le soleil tombe à l'Ouest et quand la nuit tombe sur le marécage, on donne les tours de garde et on se couche à même le sol vaseux, la tête appuyée sur les mains, essayant de trouver un peu de sommeil dans cet atmosphère de mort et de moiteur. Mais si vous pensez dormir au milieu des marais, vous vous trompez. La nuit là-bas n'est rien d'autre qu'un cauchemar : les batraciens géants et les grillons vous tiennent éveillés toute la nuit, sans compter les cris d'alerte des sentinelles qui retentissent dès qu'un félin nocturne feule depuis un arbre ou qu'un bouquet de jonc est secoué par la queue d'un crocilisque enfoncé dans les boues jaunâtres des étangs qui s'étalent entre les arbres épais. Il fait froid, aussi. Pas de feu pour ne pas se faire repérer par les "Verts". Je grelotte, ma blessure à la cuisse me brûle, mais je suis épuisé. Je m'endors et ne rêve pas, comme si je mourrai.
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